{"id":950,"date":"2019-08-07T15:29:49","date_gmt":"2019-08-07T13:29:49","guid":{"rendered":"http:\/\/psyrotellajurgen.fr\/?page_id=950"},"modified":"2023-06-22T17:39:03","modified_gmt":"2023-06-22T15:39:03","slug":"cabinet-de-lecture","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/psyrotellajurgen.fr\/index.php\/cabinet-de-lecture\/","title":{"rendered":"Oui, la Psychanalyse gu\u00e9rit"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Interview \u00e0 propos du livre : Oui, la psychanalyse gu\u00e9rit ! Collection DESIR \/ PAYOT, 2016. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Fort de ses cinquante et une ann\u00e9es de pratique du divan, le docteur Juan-David NASIO, psychiatre de formation, s\u2019insurge contre une vision aujourd\u2019hui fr\u00e9quente de la psychanalyse, consid\u00e9r\u00e9e comme une simple m\u00e9thode de connaissance de soi incapable de mener \u00e0 la gu\u00e9rison. Dans son dernier essai Oui, la psychanalyse gu\u00e9rit, il explique les ressorts du travail th\u00e9rapeutique et le v\u00e9cu de l\u2019analyste. Passionnant.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Source : site \u00ab Mon Psychologies \u00bb (mise \u00e0 jour du 21 octobre 2016) &#8211;&nbsp; Isabelle TAUBES.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Psychologies : <\/strong>Le titre de votre livre r\u00e9sonne comme un cri du c\u0153ur. Pourquoi insister autant sur les pouvoirs curatifs de la psychanalyse ? <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Juan-David NASIO <\/strong>: Aujourd\u2019hui la psychanalyse est malmen\u00e9e, critiqu\u00e9e de toutes parts. Or je ne cesse de recevoir des lettres d\u2019anciens patients autrefois tr\u00e8s mal en point, qui me disent qu\u2019ils vont mieux, qu\u2019ils ont r\u00e9ussi \u00e0 se marier, \u00e0 avoir des enfants, \u00e0 faire carri\u00e8re. Par cons\u00e9quent, c\u2019est un constat issu de d\u00e9cennies de pratique : la psychanalyse gu\u00e9rit. Elle n\u2019est pas un exercice intellectuel, comme on le pense trop souvent, ni un simple r\u00e9confort. Elle supprime les sympt\u00f4mes handicapants, elle produit un changement profond de la personnalit\u00e9, une transformation du regard que le patient porte sur sa souffrance, sur lui-m\u00eame. A la fin d\u2019une analyse, il s\u2019aime diff\u00e9remment et se sent suffisamment s\u00fbr de lui pour ne plus avoir peur de l\u2019autre. Longtemps, c\u2019est vrai, les psychanalystes ont r\u00e9pugn\u00e9 \u00e0 parler de \u00ab gu\u00e9rison \u00bb, afin de se d\u00e9marquer du mod\u00e8le m\u00e9dical classique et souligner que la psychanalyse \u00e9tait \u00e0 part. Or la psychanalyse est un traitement administr\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce que la personne aille mieux, on parle de \u00ab cure analytique \u00bb. Freud a toujours employ\u00e9 le terme de gu\u00e9rison. D\u2019ailleurs pourquoi entreprendre une analyse, si ce n\u2019est pour gu\u00e9rir &#8211; pour aller mieux, se transformer &#8211; devenir capable d\u2019aimer et de travailler ?  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Psychologies <\/strong>: Certains estiment que c\u2019est d\u2019abord la relation qui se noue entre le patient et le psychanalyste qui lui permet de gu\u00e9rir. Etes-vous d\u2019accord ? <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Juan-David NASIO <\/strong>: C\u2019est un peu court comme explication. Je dirais plut\u00f4t que ce sont les \u00e9motions intenses qu\u2019elle produit &#8211; amour, haine, frustration -, qui ont un effet th\u00e9rapeutique. Et surtout, la fusion d\u2019inconscient \u00e0 inconscient qu\u2019elle induit. Dans mon livre, je me suis efforc\u00e9 d\u2019expliquer comment je travaille, avec ma t\u00eate, et avec mes \u00e9motions. Il s\u2019agit d\u2019entrer dans le monde int\u00e9rieur du patient. Et il convient pour cela d\u2019\u00eatre curieux, m\u00fb par la soif d\u2019apprendre. Impossible d\u2019\u00eatre th\u00e9rapeute si l\u2019on ne s\u2019int\u00e9resse pas aux autres, \u00e0 leur int\u00e9riorit\u00e9 psychique. Et c\u2019est vrai pour toutes les formes de psychoth\u00e9rapies. Peu importe la technique, l\u2019\u00e9cole \u00e0 laquelle vous appartenez : il faut s\u2019engager \u00e9motionnellement, \u00eatre totalement disponible \u00e0 la relation. Ressentir en soi-m\u00eame les souffrances infantiles du patient, les douleurs qu\u2019il a lui-m\u00eame oubli\u00e9es, et les lui restituer (\u00ab Voil\u00e0 ce que vous avez probablement ressenti quand vous \u00e9tiez petit \u00bb). Quand il parle, se dessine dans mon esprit une id\u00e9e des traumatismes qu\u2019il a v\u00e9cu, des carences dont il a souffert.&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Psychologies<\/strong> : Mais comment savez-vous que vous n\u2019\u00eates pas en train de projeter sur lui vos propres fantasmes ? <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Juan-David Nasio <\/strong>: C\u2019est un vrai probl\u00e8me. Je pense pouvoir m\u2019appuyer sur trois crit\u00e8res. D\u2019abord, face \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de fantasmes fondamentaux du patient, je suis surpris, c\u2019est de l\u2019ordre de l\u2019inattendu. Ensuite, je ressens une l\u00e9g\u00e8re d\u00e9personnalisation. Enfin, quand je fais part au patient des \u00e9l\u00e9ments que j\u2019ai capt\u00e9s, il acquiesce imm\u00e9diatement, sans r\u00e9serve.   <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Psychologies<\/strong> : Comment orientez-vous le patient dans la bonne direction, pour lui permettre de changer ? <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Juan-David NASIO <\/strong>: Il y a plusieurs fa\u00e7ons d\u2019intervenir que j\u2019expose dans ce livre. D\u00e9j\u00e0, lors du premier entretien, je propose au patient une nouvelle mani\u00e8re d\u2019interpr\u00e9ter ses troubles &#8211; ce que j\u2019appelle une \u00ab rectification subjective \u00bb. Au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il s\u2019exprime lors de cet entretien inaugural, je per\u00e7ois plus ou moins clairement ce qui lui pose probl\u00e8me. Je lui en fais part : c\u2019est une fa\u00e7on de traduire en mots ce qu\u2019il vit, ce qu\u2019il ressent confus\u00e9ment sans pouvoir le verbaliser. Et il se produit aussit\u00f4t un effet d\u2019all\u00e8gement : \u00ab Enfin, quelqu\u2019un en ce monde, est en mesure de me comprendre \u00bb, pense-t-il. Ensuite, il existe un proc\u00e9d\u00e9, la \u00ab prosopop\u00e9e \u00bb, qui permet de donner la parole aux personnes qui ont d\u00e9termin\u00e9 le destin du patient et qui peuplent ses fantasmes inconscients. Je deviens, par exemple, la m\u00e8re, \u00e0 l\u2019origine du temp\u00e9rament inquiet de son fils, et qui le d\u00e9plore &#8211; \u00ab Plus mon fils se blottissait contre moi, plus je lui transmettais mon anxi\u00e9t\u00e9 \u00bb. C\u2019est une phrase qui s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 moi, face \u00e0 un patient si mal qu\u2019il ne pouvait quitter sa chambre. Au lieu d\u2019expliquer platement \u2013 \u00ab vous \u00eates angoiss\u00e9 \u00e0 cause de votre m\u00e8re anxieuse \u00bb, j\u2019ai produit une fiction, un dialogue qui l\u2019a touch\u00e9.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Psychologies<\/strong> : Le corps ne joue-t-il aucun r\u00f4le ? <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Juan-David NASIO <\/strong>: Si bien s\u00fbr. L\u2019analyste travaille aussi avec son corps. C\u2019est ce que je nomme \u00ab l\u2019interpr\u00e9tation gestuelle \u00bb. Un exemple, pour faire \u00e9merger le fantasme inconscient d\u2019un patient qui ne sort pas de sa chambre et se calfeutre chez lui, je me l\u00e8ve, j\u2019ouvre et je ferme une fen\u00eatre. Il m\u2019explique alors que lui, s\u2019y prend autrement. Et il me le montre. Ces gestes permettront de mettre \u00e0 jour un fantasme d\u2019assassinat. Les interpr\u00e9tations qui produisent un effet sont celles qui, \u00e9motionnellement charg\u00e9es, parlent directement \u00e0 l\u2019inconscient.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Psychologies<\/strong> : C\u2019est donc l\u2019\u00e9motion qui gu\u00e9rit ? <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Juan-David NASIO <\/strong>: Disons qu\u2019il faut de l\u2019\u00e9motion et de la compr\u00e9hension \u00e9mue. Mais, il faut bien l\u2019avouer, la gu\u00e9rison reste une \u00e9nigme, un peu comme l\u2019amour. \u00ab Que s\u2019est-il pass\u00e9, qu\u2019ai-je fait, quel est le ressort ultime de la gu\u00e9rison de cette personne ? \u00bb Chaque psychanalyste se pose cette question apr\u00e8s la derni\u00e8re poign\u00e9e de main au patient gu\u00e9ri, qui ne reviendra plus. \u00ab Je le pansai, Dieu le gu\u00e9rit \u00bb : telle \u00e9tait la philosophie de vie du c\u00e9l\u00e8bre chirurgien Ambroise Par\u00e9. Je dirais : \u00ab J\u2019\u00e9coute mon patient avec toute la force de mon inconscient, et c\u2019est l\u2019inconnu qui le gu\u00e9rit \u00bb.  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview \u00e0 propos du livre : Oui, la psychanalyse gu\u00e9rit ! Collection DESIR \/ PAYOT, 2016. 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